LE QUOTIDIEN : Le serment d’Augusta est un podcast sur les humanités médicales que vous avez créé avec Olympe de Gê en 2022. Pourquoi avez-vous souhaité organiser une cérémonie ?
Pr FLAMAND-ROZE : Cette cérémonie témoigne des évolutions sociétales qui traversent le soin. Traditionnellement, les serments, comme celui d’Hippocrate, sont individuels et se tiennent devant une audience confidentielle. Nous revisitons cette tradition en organisant un serment collectif, qui puisse être prêté par tous les professionnels de santé, infirmiers, kinés, orthophonistes, sages femmes, psychomotriciens, ergothérapeutes, etc., et non seulement les médecins, au cours d’une cérémonie ouverte au grand public. C’est un acte collectif qui, dès la fin des études, affirme l’appartenance à une communauté de soignants, qu’on souhaite moins verticale. Cela fait longtemps que le médecin ne soigne plus tout seul. L’interdisciplinarité, la reconnaissance des compétences de chacun, est une garantie pour la qualité des soins. Et une nécessité dans un contexte où l’offre est restreinte.
Si elle est financée par l’Alliance Sorbonne université dans le cadre de Sound, cette cérémonie est imaginée et orchestrée par un collectif d’étudiantes volontaires. Nous espérons la réitérer chaque année.
En quoi le Serment d’Augusta fait-il rupture avec la tradition ?
Pr F-R: Nous accueillons l’héritage des serments passés, celui d’Hippocrate pour les médecins, par exemple, qui signe un engagement à l’égard de la société. Mais nous l’élargissons, car le monde a changé. Le serment d’Augusta, en hommage à Augusta Klumpke, première femme reçue au concours de l’internat des hôpitaux de Paris et pionnière dans le domaine de la neurologie, est évolutif. Il est composé d’une douzaine de commandements qui renvoient à des titres du podcast. Mais on peut en ajouter à l’occasion d’un nouvel épisode ; ou alternativement, un épisode inédit peut venir illustrer un item du serment.
Ce serment remet le patient au centre de la relation de soin et aborde des questions actuelles comme le respect du consentement, la lutte contre les violences, la prise en compte des biais de représentations, la lutte contre les discriminations, le souci de la communication... Chaque épisode met en émotion un thème et ouvre la possibilité d’une discussion.
Quelle est la vie du Serment ?
Pr F-R: Les facultés de santé s’en emparent, chacune à leur façon. À Sorbonne Université, il fait partie du cursus des étudiants, qui doivent l’écouter comme l’un de leur cours dématérialisés et le commenter en examen. Certains étudiants le prêtent spontanément à la fin de leur thèse. J’espère que les différents Ordres de santé vont le recommander et qu’il sera porté par les universités et les doyens.
Après l’étude publiée dans Medical Education Online qui démontre l’efficacité pédagogique du podcast, un second travail conduit par des endocrinologues de l’université Paris Cité et de Sorbonne Université observe à quel point il permet de diminuer les biais grossophobes. Nous lançons un essai contrôlé pour montrer que l’écoute du Serment d’Augusta réduit l’ensemble des biais de représentations.
De longue date, les étudiants sont demandeurs d’enseignements en humanités médicales. Ces dernières années, les choses bougent et je constate, à Sorbonne université et dans d’autres universités, que la relation de soin est bien plus enseignée qu’avant.
Le programme complet sur le site de Sorbonne Université.
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