Dossier

Déremboursement : état de choc chez les homéopathes

Publié le 09/09/2019 - Mis à jour le 16/09/2019
Déremboursement : état de choc chez les homéopathes


VOISIN/PHANIE

« Nos détracteurs n’ont pas seulement attaqué l’homéopathie, ils s’en sont pris à nous avec une haine d’enragés, estime le Dr Jean-Lionel Bagot (Strasbourg). Sur les réseaux, impossible de se défendre, on est sans cesse coupé par des « Tais-toi tais-toi tais-toi » en rafales ». « Nous ne sommes pas dénigrés, nous sommes traînés dans la boue, nous recevons des coups en dessous de la ceinture, insultés sur notre honnêteté comme sur notre compétence » (Dr Daniel Scimeca, Maisons-Alfort). « Il n’y a pas place pour le débat, c’est de la violence pure, nous sommes traités de charlatans et de sorciers du XXIe siècle » ( Dr Alain Sarembaud, Bonneuil-sur-Marne). « Notre pratique a toujours fait mal au ventre à beaucoup de médecins et nous avons essuyé régulièrement des polémiques, mais celle-ci est de loin la plus féroce » (Dr Gérard Langman, Paris). « J’ai connu l’affaire de la mémoire de l’eau et bien d’autres campagnes mais aujourd’hui, c’est bien pire, on nous pousse au bord du gouffre »(Dr Bernard Poitevin, Bormes-les-Mimosas). « Nous ne nous attendions pas à un tel déchaînement, nous avons changé de monde médical, la confraternité a volé en éclats » (Dr Antoine Demonceaux, Reims). « Certains de nos opposants veulent notre mort » (Dr Philippe Champion, Amiens).

En cette rentrée, l’état de choc des homéopathes s’exprime dans tous leurs cabinets. Touchés, affectés, sonnés, K.-O. pour la plupart, ils se déclarent aussi « révoltés » (Dr Charles Bentz, Oberhausbergen), « en colère » (Dr Elizabeth Wissler-Koenig, Sarreguemines), « en difficulté affective et intellectuelle » (Dr Daniel Scimeca, Maisons-Alfort), « en rebellions » (Dr Eric Fondeur, Cysoing). « Mais la rebellion, ajoute ce dernier, j’en fais mon moteur depuis mon installation. »

« Jamais eu autant de patients ! »

Car les homéopathes encaissent pour le moment le choc de l’homéo-bashing, expliquent-ils au Quotidien. Des patients furieux, rapportent-ils, en état de sidération, d’incompréhension. « Tous nous en parlent bien sûr. Ils se sentent victimes de discrimination » (Dr Fondeur). « Ce sera surtout dur pour les patients CMU et les familles nombreuses » (Dr Amandine Roth, Mulhausen, qui confie au Quotidien sa lettre  à Agnès Buzyn : à lire sur lequotidiendumedecin.fr ). Mais des patients qui ne semblent « pas moins nombreux, tout au contraire », assure le Dr Alain Sarembaud. « Avec tout ce battage depuis le mois de mai, je n’ai jamais eu autant de nouveaux patients », affirme même le Dr Demonceaux. Les 14 consultations hospitalières en soins de support n’ont jamais été aussi fréquentées, se félicite également le Dr Jean-Lionel Bagot président de la SHISSO (Société homéopathique internationale de soins de support en oncologie), auteur de « Cancer et homéopathie » (un guide pratique chez Unimedica). Nos files actives ont presque doublé ces dix dernières années pour ces consultations, qui ne sont pas homéopathiques mais pleinement médicales et intégratives, avec des scores satisfaction qui dépassent 90 % pour les prises en charge de la fatigue, des douleurs et des nausées. »

Double peine

« Nos malades nous rassurent, ils nous disent qu’ils vont mieux grâce à nous et qu’ils ne veulent pas nous quitter » (Dr Champion). « Mais que vont-ils devenir en 2021, quand le déremboursement sera total ? », s’inquiètent tous les homéopathes interrogés dans notre enquête. Certains redoutent aussi l’impact de la hausse du prix des tubes que Boiron pourrait appliquer à la suite du déremboursement (*), une future double peine en quelque sorte. Déjà quelques-uns envisagent des parades : inviter les patients à se constituer des stocks tant que les médicaments restent remboursés. Ou prescrire des doses plutôt que des granules, car elles sont plus économiques. Beaucoup de praticiens qui proposent des prises en charge par l’acupuncture ou l’ostéopathie, privilégient désormais celles-ci pour limiter les frais. Certains nous ont confié encore que, pour épargner les plus modestes, ils mettront en avant des recommandations nutritionnelles et travailleront sur la charge glycémique, ou sur le self-empowerment. Mais l’après 1er janvier 2021 préoccupe toute le monde.

Pas de successeurs

L’inquiétude se fait d’autant plus pressante avec l’âge des praticiens. Si aucune donnée statistique n’est disponible pour évaluer l’âge moyen des quelque 5 000 généralistes exerçant en homéopathie, tous conviennent qu’il est élevé. La question de la relève est posée. « Nous n’avons pas de successeurs, constate le Dr Gérard Langman, personne vers qui orienter nos patients quand nous dévisserons nos plaques. » « Le nœud central pour l’avenir, c’est l’enseignement universitaire de l’homéopathie, souligne le Dr Bernard Poitevin, or aujourd’hui il vacille. » L’enseignement privé n’est pas mieux loti (lire ci-dessous). « La situation est cruelle, constate le Dr Philippe Champion, si la plupart d’entre nous allons poursuivre notre exercice jusqu’à la fin, l’homéopathie médicale ne va pas nous survivre, elle risque de mourir de sa belle mort ». « C’est une évolution d’autant plus dommageable pour nos patients de plus en plus nombreux que les avancées sur les nanostructures, les perturbateurs endocriniens et d’autres modes de transmission encore méconnus ouvrent de nouveaux horizons scientifiques, estime le Dr Pascale Laville (Paris). On veut nous faire disparaître comme si le tout-chimique devait avoir le dernier mot en médecine ».

« Nous nous acheminons vers une évolution à l’allemande, pronostique le Dr Charles Bentz : l’homéopathie risque d’être bientôt préemptée par les naturopathes et les pathes en tous genres. L’homéopathie médicale, comme ressource complémentaire en médecine générale, n’y survivra pas. » 

(*) À ce jour, le laboratoire Boiron n'a pas annoncé de hausse de tarif de ses produits homéopathiques. 

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