LE QUOTIDIEN : Pourquoi avoir choisi le thème de l'entreprenariat pour parler de médecine libérale ?
Dr SYLVIE FILLEY-BERNARD : J'ai volontairement voulu être un peu disruptive et mettre “les pieds dans le plat”. On parle très peu de cette réalité alors qu'elle est pourtant au cœur de l'exercice libéral : un médecin libéral porte une double casquette, celle du professionnel de santé, avec toute sa dimension scientifique, mais aussi celle de l’entrepreneur. Il doit gérer des locaux, du personnel, des contrats, des charges sociales, des associations professionnelles et tout un environnement administratif qui ne fait jamais partie de sa formation initiale. S’il est vrai que de plus en plus de praticiens libéraux ont une part d'activité mixte qui, selon les spécialités, peut ne pas être négligeable puisqu’elle peut représenter jusqu’à 30 % de leur activité, on sait que près de la moitié des étudiants en médecine (environ 53 %) exerceront demain en ville. Il nous semblait donc important de mettre cette dimension en lumière. Cette session ciblait en priorité les internes, les étudiants et les jeunes médecins qui, trop souvent, découvrent les réalités du libéral en fin de cursus, parfois presque par défaut. Cela peut créer des appréhensions inutiles. Mais bien entendu, les praticiens déjà installés souhaitant faire évoluer leur activité, diversifier leur pratique ou préparer une transition professionnelle étaient les bienvenus.
Cette initiative répond-elle à un besoin que vous identifiez depuis longtemps ? Et pourquoi cette question est-elle devenue une priorité pour l'URPS ?
Oui, très clairement. J'y pense depuis mon élection à la présidence de l'URPS. Bien sûr, il existe déjà des guichets d'information auprès des différentes institutions, mais il manquait un lieu où l'ensemble de l'écosystème de l'exercice libéral puisse être réuni en même temps. Nous avons voulu créer un espace où les médecins peuvent échanger, partager leurs expériences et trouver rapidement les interlocuteurs adaptés à leurs problématiques. Le besoin existe, j'en suis convaincue, car nous l'entendons régulièrement lors de nos échanges avec les jeunes praticiens. Nous avons rencontré des médecins libéraux dans tous les départements de la région dès le début de notre mandature. À l'époque, certains s'interrogeaient sur l'avenir même de l'exercice libéral. Or, ce que nous avons découvert est assez différent du discours ambiant. Nous avons rencontré des professionnels heureux d'exercer ainsi, malgré les contraintes. Ils apprécient leur autonomie, leur liberté d'organisation et la relation particulière qu'ils construisent avec leurs patients. Nous avons donc souhaité valoriser ce mode d'exercice et démontrer qu'il constitue encore aujourd'hui une voie d'avenir.
Il faut faire connaître davantage l’exercice libéral pour que les jeunes générations puissent s'y projeter sereinement
Comment avez-vous défini les thématiques des ateliers ? Quelles ont été celles abordées ?
Nous avons construit le programme à partir d'un travail collectif entre membres du comité de pilotage de l’URPS, en mixant des médecins spécialisés en médecine générale et issus d’autres spécialités. Nous voulions couvrir les questions concrètes que se posent les praticiens… Les ateliers, animés par des confrères, couvraient notamment les sujets que sont les modalités d’installation (statuts, fiscalités…), les contrats d'exercice en établissement privé, les remplacements, la rémunération, les questions de retraite et prévoyance… ou encore l'e-réputation et les enjeux liés à l'intelligence artificielle. Nous avons également souhaité ouvrir des perspectives moins connues, comme la possibilité pour les médecins libéraux de participer à des projets de recherche en lien avec des équipes hospitalières ou universitaires. C'est une dimension très valorisante de l'exercice que nous souhaitons développer.
Quels partenaires avez-vous sollicités pour aborder l’aspect administratif de l’activité ?
Nous avons réuni l'ensemble des acteurs qui gravitent autour de l'exercice libéral, à savoir l’Assurance-maladie, l’ARS, le Conseil de l'Ordre, l’Urssaf, la Carmf, mais aussi des experts-comptables, des avocats, des assureurs et des partenaires financiers. L'objectif était que les médecins puissent obtenir des réponses concrètes à leurs questions. Nous avons également proposé des rendez-vous individuels avec ces différents interlocuteurs pour permettre un accompagnement personnalisé, en veillant toutefois à ce que ces échanges restent dans une logique d'information et de conseil, sans démarche commerciale. Nous voulions apporter des repères aux médecins, pas promouvoir tel ou tel acteur.
Au-delà de cette journée, quel message souhaitez-vous adresser aux futurs médecins ?
J'aimerais leur dire que l'exercice libéral ne doit pas faire peur, que ceux qui s’installent ne sont pas seuls. Nous sommes là pour travailler avec eux, leur apporter des réponses, car l'échange d'expériences et le partage permettent d'avancer plus vite et plus loin. Cet exercice libéral mérite d'être plus connu et mieux enseigné au cours des études médicales mais, malheureusement, cette dimension est encore largement absente des cursus universitaires. Les médecins hospitaliers et libéraux ont la même formation, mais ils n'exercent pas leur métier de la même façon, et comprendre cette différence est essentiel pour faire un choix éclairé.
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